Chapitre 5
La nuit, je ne dort pratiquement plus, allonger près d'elle je l'écoute respirer, je caresse et j'embrasse son corps meurtri mais a la peau toujours aussi douce, plus
douce que le plus précieux des satins, ce corps qui a porté nos trois enfants si beaux, si forts, si aimants, ce corps qui ne m'a jamais laissé sage.
D'ailleurs, depuis que tu n'es plus la, il y a toujours un oreiller dans notre lit, car toi seule dormait avec et dans mes moments de profonde détresse,
je le regarde et je me dit qu'il sera la si jamais tu revenais. Le chagrin rend fou, mais je crois que c'est avec ma folie que je peux te vivre toujours. Aragon n'écrivait il pas "aimer a perdre
la raison".
Un dimanche comme elle n'a plus la force de m'accompagner, elle refuse que je me prive, à cause d'elle d'un de nos grand plaisir, voir
jouer notre fils et elle m'implore d'aller au stade de rugby, .
Je l'appelle toutes les dix minutes pour l'informer, mais surtout pour m'enquérir que tout va bien, je n'aime pas la laisser seule. A la fin du match sur le chemin du retour, je l'appelle pour
lui dire que notre fils a été très bon elle me répond, étonnée de mes propos: "pourquoi tu me dit cela je sais bien qu'il est bon mon fils". Elle est tellement fière et admirative
de David, son fils.
Avant qu'elle ne tombe malade c'était une de nos grandes joies que de le voir jouer, d'organiser nos dimanches autour de cet évènement. D'ailleurs, lors
d'un match, un ¼ de finale de championnat de France, il fit un exploit, un drop goal de 50 mètres (les puristes comprendrons) a la dernière minute du match qui fait se lever le public et qui
permet a son équipe de gagner in extremis. Après avoir marqué il tend un poing rageur vers nous, à sa mère, comme si il lui offre ce match, elle est fière et émue et ses yeux brillent de mille
feux.
Excusez moi si parfois, quand j'évoque tous ses souvenirs, je mele le passé et le présent, mais je la vis tellement que souvent je n'arrive pas à faire
la part des choses, j'ai l'impression qu'elle me regarde, qu'elle est a coté de moi., coucou chérie, je t'aime.
Plus de 14 mois se sont passés, Gisèle passe du lit au canapé puis au lit, elle parle très peu et les quelques paroles qu'elle bredouille deviennent
parfois inintelligibles, elle ne mange plus car elle ne peut plus. Elle s'affaiblit et je me sent totalement impuissant, la médecine également. Elle dort de plus en plus et je dois encore
augmenter les doses de morphine. Quand je lui change cette poche en plastic, ce n'est plus de la bile mais un liquide plus épais et verdâtre. Je la porte plus que ne la soutien, je lui fait sa
toilette, et la couche comme nous couchions nos enfants. Je ne pleure pas, je n'ai plus de larmes et je sais que cela lui ferai tellement de peine de me voir désespérer.
Certain m'ont dit que j'étais fort, ils se trompent, mon amour pour elle me dictait mon attitude, et puis pour "craquer", je me cachai en dehors de notre
maison, ma peine ne regardais que moi et j'ai horreur de me donner en spectacle.
Le médecin passe la voir tous les matins lui dire bonjour, plus par amitié que part besoin médical. Quand plus tard je l'ai remercié pour tous ce qu'il a fait
pour elle, il m'a répondu: "Gisèle était tellement attachante". Merci Franck, je vous en serais éternellement reconnaissant. Il décide de la mettre sous perfusion car elle se déshydrate.
Il me fait signe de le suivre à l'extérieur pour m'annoncer discrètement que la fin est très proche.
Sa maman, une de ces sœurs et nos enfants se sont installés à la maison pour rester jusqu'à la fin près d'elle.
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