Chapitre 8
Gisèle s'est endormie pour toujours dans son lit, près de moi, son visage semblai enfin apaisé.
Avec sa maman et mes enfants, avec des vêtements que lui avait offert ses filles, nous l'avons habillé chaudement car, cela
peut paraître idiot mais j'avais peur qu'elle est froid, .
Dans son cercueil, je lui ai posé la tête sur son oreiller qu'elle aimait tant, je l'ai parée avec cette petite
couverture de laine polaire qu'elle s'était fabriquée et dont elle se couvrait sur son canapé.
Et puis, j'ai du me résoudre a ce que ce cercueil soit clos, plus jamais je n'embrasserais et ne reverrais ce visage que
j'ai tant aimé.
D'ailleurs ma chérie, te souviens tu de ce poème, " Le dormeur du val" d'A.
Rimbaud, que je t'avais récité, quand nous nous sommes connu, accompagné de quelques accords que je te jouais sur ma guitare?
Parfois je te le récite de nouveau, sans guitare, sur ta tombe, car tout me revient sans cesse et ce soldat, c'est un peu
toi a présent.
C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent, où le soleil, de la montagne fière,
Luit, c'est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort, il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce le chaudement, il a froid.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine,
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Un jour d'hiver, notre petite fille qui parfois m'accompagne au cimetière pour lui réciter des poèmes et coller sur
sa plaque de marbre de petits autocollants d'enfants, me dit:
- mémé n'a pas froid puisque tu lui as mit sa couverture.
Souvent, dans ces moments la, elle me cite des souvenirs et je constate que sa grand mère est bien au chaud dans son cœur
d'enfant.
A présent, beaucoup de gens me disent que la vie continue, qu'il me faut m'adapter a cette nouvelle situation mais a tous ceux la je leur répondrai
simplement que cela m'est impossible, que j'essaye plutôt de survivre, pas pour moi mais pour mes enfants et mes petits enfants. De voir le bonheur dans leurs yeux est mon seul réconfort, car
pour moi ce mot n'existe plus.
Des idées noires se bousculent toujours dans mon esprit, je suis seul avec ma peine et c'est très bien ainsi même près de deux ans après. Ce n'est pas la solitude le
plus difficile a vivre, mais c'est d'être seul.
Je ne veux déranger personne, un homme triste est un homme ennuyeux, qu'il se débrouille, depuis
quand doit on tendre la main!
Mon existence, a présent, c'est de me lever le matin et d'attendre tant bien que mal qu'il soit l'heure de se coucher, de me nourrir et non de manger, de regarder le
téléphone en espérant, sans trop y croire, qu'il va sonner, de ne plus m'inquiéter du temps qu'il fait, de déverrouiller ma porte d'entrée car, sait on jamais, si quelqu'un voulait entrer même
simplement pour me dire bonjour.
Il faut être à l’écoute des endeuillés, leur donner la
possibilité qu’avec le temps et l’amour de leurs proches, ils puissent trouver les ressources pour ne pas se meurtrir en s’abandonnant à un chagrin qui détruirait leur projet d’existence, pensez
à cela.
Nous avons tous un passé, un présent, un avenir mais quand le premier supplante le dernier, alors ce passé vous sert de présent, il vous aide a affronter cet avenir qui essaye de
s'imposer et surtout fait que j' accepte que mon existence soit à présent un fardeau, un long chemin de croix.
Je n'ai pas su te soigner, ma Gisèle, tu méritais tant de vivre alors ne tarde pas trop, vient vite me chercher, la vie sans toi ce
n'est pas possible.
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