
Le cancer du pancréas
Comme il a été vécu par une famille, ma famille
Et la lente mais inexorable fin
d'une femme, une mère, une épouse, mon épouse.
J'espère que beaucoup d'entre vous, après avoir lu ce récit, changerons leur regard vis-à-vis de la maladie et leur comportement vis-à-vis des malades.
Prenez conscience, quand l'issue est fatale, que les malades deviennent une priorité absolue, que eux seuls existent, et quand la mort frappe, que les survivants ont besoin
de vous.
Elle s'appelai Gisèle, avait 54 ans, c'était une femme merveilleuse, une mère exceptionnelle qui avait donné le jour a
trois superbes enfants, qui s'est endormie a jamais a l'aube de nos 38 ans de mariage, en septembre 2005, que nous l'adorions et que nous l'aimerons toujours, a jamais.
Chapitre 1
Au mois de Juin 2004, avec Gisèle nous sommes partis voir notre fils David disputer la finale du championnat de
France de rugby (Fédérale 1b).
Ce fut pour nous une joie immense et presque indescriptible quand au coup de sifflet final, il fut sacré champion et dans les yeux de Gisèle il y eu une flamme d'un éclat extraordinaire,
celui d'une mère fière de son "grand".
Ce fut, hélas, sa dernière grande joie avant d'apprendre, quelques jours plus tard, qu'une horrible maladie la rongeait inexorablement, le cancer du pancréas.
Environ quinze jours après ce grand bonheur, Gisèle était plus fatiguée qu'a l'accoutumé et je m'aperçu que le blanc de
ses yeux jaunissait, ainsi que son teint.
Je la décidai a consulter notre médecin traitant, Frank S. un ami a qui je rendrais hommage, pour son
dévouement et son attitude, a la fin de ce récit. Ce dernier, après la consultation, décida de nous envoyer en urgence chez un gastro-entérologue, de ma connaissance, pour sans tarder faire
une échographie de son abdomen.
Cela fut fait le lendemain matin a la première heure et ce spécialiste me confia qu'il désirai rapidement faire effectuer des examens complémentaires plus poussés.
Il avait décelé un nodule (tumeur). Il me confia discrètement ses craintes quand a la nature de cette tumeur et il décida de son hospitalisation d'urgence.
Dans l'attente de l'appel de l'hôpital, qui nous préparait une chambre pour le soir même dans le service de
gastro-entérologie, nous remontâmes chez nous pour patienter et préparer quelques affaires pour que le séjour de Gisèle soit des plus confortable.
Sur la route, Gisèle me demanda que l'on s'arrête dans un fast food, histoire de se sustenter quelque peu, il était 16
heures et nous n'avions rien mangé depuis le matin.
En nous dirigeant vers cet établissement, bras dessus bras dessus comme deux jeunes amants, elle pencha sa tête près de moi et me murmura " j'espère que ce nodule n'est pas
cancéreux".
Ces paroles furent pour moi un immense choc "un coup de poing dans la gueule", je réalisais, sans vraiment y
croire car, j'ai toujours été d'un tempérament optimiste, de la gravité de sa maladie.
J'ai du prétexter un besoin soudain pour me cacher dans les toilettes de cet établissement et "craquer" a l'abri de tous regards.
Dans toute cette histoire, je me suis toujours caché pour laisser couler mes larmes, c'était ma peine, mon malheur et point n'est besoin de s'exposer dans ces moments.
Une fois a la maison, je m'absentais, seul, pour m'acheter des cigarettes (pour moi car Gisèle ne fumait plus depuis
plusieurs années) et rencontrer seul a seul, notre médecin traitant.
Il me confirma que Gisèle était atteinte, probablement, d'un cancer du pancréas et que seul le chirurgien pourrait nous donner l'étendue de la maladie.
J'ai explosé en larmes dans ma voiture et j'ai tout de suite appelé notre fils et nos deux filles pour leur exposer la situation et qu'ils me rejoignent.
Le lendemain, un samedi, après toute une batterie de tests cliniques, il fut décidé que l'opération s'averait urgente
et elle fut programmée le lundi suivant.
L'anesthésiste me confia que c'était une intervention très lourde et très longue, environs 7 heures, et voyant que je ne quittais plus Gisèle, me conseilla que le lundi, après qu'elle soit entrée
au bloc opératoire, de rentrer me reposer et de revenir 7 heures plus tard, plutôt que de me morfondre près de la salle d'opération.
N'y tenant plus, je réintégrais l'hôpital 3 heures avant la fin théorique de cette intervention chirurgicale et qu'elle ne
fut pas ma surprise de croiser le chirurgien dans le couloir et l'anesthésiste qui le suivait a quelques mètres.
Ce dernier s'arrêta près de moi, me signala que Gisèle était en salle de réveil et quand je lui fit remarquer ma surprise et ma grande inquiétude de m'apercevoir que l'opération avait durée 3
heures de moins que prévue, il m'expliqua que le chirurgien n'avait pas pu faire le geste qu'il voulait faire, qu'il avait décidé de ne pas lui enlever la tête du pancréas ayant constaté que
les deux lobes du foie avaient des métastases, que cela devenait inutile et dangereux.
Il avait simplement effectué un pontage pour que la bile ne s'écoule plus dans son sang, expliquant son jaunissement, et que Gisèle était condamnée a très brève échéance a une issue fatale, que
la maladie serait la plus forte.
C'est en me souhaitant bon courage qu'il a pris congé de moi.
Quand Gisèle sortie de la salle de réveil, j'étais la et elle me regarda avec un regard tout embrumé et me fit un
petit sourire emplie d'amour.
Gisèle était une femme très intelligente, très cultivée, et je ne savais comment me comporter vis a vis d'elle et de sa
maladie.
Le chirurgien qui la opéré me reçu, accompagné de mon fils, dans les instants qui suivirent, il nous exposa quelle fut son intervention chirurgicale, nous fit comprendre que la maladie était a un
point d'infection très avancé et hélas incurable, que la médecine et l'hopital mettraient tout en oeuvre et qu'ils feraient tous ce qu'il est possible de faire, pour que
Gisèle reste le plus longtemps en vie, laps de temps qu'il estimait entre 3 et 6 mois, et dans le plus grand "confort".
Ce chirurgien me prononça une phrase, suite à mon interrogation sur l'attitude a observée vis-à-vis de mon épouse, qui m'aida beaucoup par la suite je cite:
- Ne répondez jamais aux questions qu'elle ne vous pose pas.
Il a estimé qu'il était préférable que se soit lui qui annonce a Gisèle la triste nouvelle et l'horrible nom de cette
maladie.
Elle était trop intelligente pour la laissée dans le doute, le mensonge aurait été la pire des thérapies.
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